La mélancolie des fêtes de fin d’année

« Noël n’est pas un jour ni une saison, c’est un état d’esprit. » dixit Calvin Coolidge, 30ᵉ président des États-Unis, de 1923 à 1929 (pour celles et ceux qui désirent en savoir plus sur le personnage, je les engage à jeter un coup d’œil à l’article de Wikipédia). Je pense que c’est exactement ça : Noël est essentiellement un état d’esprit. Par contre, il n’y a pas un unique état d’esprit. La vision de Noël est différente d’une personne à une autre, en fonction de son éducation, son vécu, etc.
Il y a à peine quelques mois, je revoyais Gremlins, un film que j’avais vu étant plus jeune (je me rappelle que j’étais à l’école primaire). À cette deuxième vision — bien des années plus tard, donc —, je fus frappé par l’extrême noirceur du film qui se déroule pendant les fêtes de fin d’année. Kate Beringer (jouée par Phoebe Cates) explique comment pour elle Noël est une fête qui a viré au cauchemar : son père avait disparu juste avant le réveillon pour ne plus revenir. Seulement, il n’avait pas abandonné sa famille, comme la mère et la fille crurent comprendre. Il a voulu jouer au père Noël et donc arriver par la cheminée. Il y est resté coincé et y est mort. Le scénario est signé Chris Columbus — réalisateur de nanars “familiaux” et bien-pensants du style Maman, j’ai raté l’avion (1990), Mrs. Doubfire (1993), Ma meilleure ennemie (1999) ou encore les deux premiers Harry Potter (2001 et 2002) —, ce qui m’a également surpris.
Gremlins n’est pas le seul film à présenter Noël sous un mauvais jour. L’un des films les plus cultes du cinéma français, Le père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré (1982), s’est chargé aussi de démystifier la fête de Noël.

Ma vision de Noël se rapproche de celle dégagée par ces deux films, complètement différents. Pourtant, mon père n’est pas mort, coincé dans la cheminée, ou je ne suis pas fait menacer par un Félix furax. Non, mais depuis plusieurs années, Noël et le réveillon de la St-Sylvestre me rendent très mélancolique. Je pense avoir trouvé la raison à cela. Il faut pour cela remonter au réveillon de Noël de 1993. Dans la façon qu’a ma famille de fêter Noël et le nouvel an, il y eut un avant et un après 1993. Le schisme entre la famille de mon père et la famille de ma mère date également de ce Noël 1993. Avant, la façon de fêter Noël et le nouvel an se déroulait de la même manière : mes parents accueillait la famille de mon père (ma grand’-mère mais aussi ma tante, son mari et la fille de son mari) pour le réveillon de Noël. Le jour de l’an se partageait entre les deux familles : déjeuner chez ma grand’-mère paternelle puis visite chez mes grands-parents maternels où on retrouvais ma tante, sœur de ma mère, son mari et mes deux cousins.
Or, ce Noël 1993, ma mère décréta qu’elle n’avais pas envie de recevoir sa belle-famille pour le réveillon. Je n’ai appris que plus tard les raisons qui l’ont poussé à faire ça (j’avais 12 ans à l’époque). En fait, elle prenait sur elle la moindre remarque (non pas formulée dans la volonté de nuire) de la part de ma grand’-mère ou de feu-ma tante. Aussi, elle profita du fait que mon père était parti faire des courses de dernière minute pour nous proposer une alternative au repas familial. Elle avait des arguments “de taille” : aller voir le film Beethoven 2 — un nanar américain qui met en scène un saint-bernard — et d’aller manger au McDo. Le projet a séduit mes sœurs et moi (nous avions respectivement 8, 10 et 12 ans). En effet, on avait vu Beethoven, premier du nom, l’année dernière au cinéma et il nous avait beaucoup plu (pour ma défense, je dirais que j’avais 11 ans à l’époque et que j’avais pas la télé…). Et puis, à cet âge, quel bonheur quand on vous propose le McDo !
Je me rappelle très bien, quand nous sommes revenu à la maison, ma tante m’avait dit que mon père était très triste d’avoir été abandonné de la sorte et m’avait demandé pourquoi j’avais suivi ma mère, et par cela fuir sa compagnie, ainsi que celle de ma grand’-mère, de mon oncle par alliance et de sa fille — qui nous apportaient en plus des cadeaux. J’étais à l’époque incapable de réponde. Ce ne fut que, plus tard, quand j’eus le recul nécessaire que je me suis rendu compte d’une chose terrifiante : ma mère nous avait utilisés, mes sœurs et moi, contre sa belle-famille. J’ai trouvé (et je trouve toujours) ça infect de sa part.
À partir de ce moment, le schisme se fit dans ma famille. Dorénavant, je n’ai plus jamais vu ma mère et ma grand’-mère paternelle ou ma tante dans la même pièce. Ma grand’-mère et ma tante ont préféré s’effacer. Ce ne fut que lorsque j’eus 15-16 ans que je renouais contact avec ma tante (de ma propre initiative), et par ce biais, avec ma grand’-mère. Seulement, j’avais perdu quelque chose dans le processus : outre les quatre ans où je n’ai quasiment jamais vu ma tante ou ma grand’-mère, Noël s’est associé à cette “utilisation” de ma mère. Les réveillons se firent dès lors avec ma proche famille (c’est-à-dire mes parents et mes sœurs) avec, une fois ou deux, des invités surprise (des amis de la famille essentiellement). Je trouve l’ambiance pendant ces dîners de réveillon plombée et artificielle : chacun essaye de faire comme si tout allait bien dans la famille, alors que c’est loin d’être le cas.

Maintenant que mes sœurs, mes cousins et moi sommes assez grands pour fêter le nouvel an chez nos amis respectifs. Mes sœurs ou mes cousins ne s’en privent pas. Seulement moi, je me retrouve dans une situation délicate : mes amis de prépa qui sont en province préfèrent fêter le nouvel an dans leur famille et mes amis de l’école (qui viennent des quatre coins de la France) le fêtent du côté de chez eux. L’année dernière, je l’ai fêté par un repas qui a eut lieu chez ma grand’-mère maternelle. À l’époque, j’étais avec Fabrice, mais lui aussi était allé le fêter dans sa famille, en Normandie. Du coup, j’ai fait un repas avec ma grand’-mère maternelle, ma tante, son maris et mes parents. J’étais le seul de ma génération à y participer. Et comme ma grand’-mère ne pouvait pas veiller tard, je fus de retour chez moi à 11 h 30 du soir, à peine. Ce fut un grand moment de solitude…
Pour cette année, je ne sais pas encore. Il y a bien Frédéric (le thésard du labo dans lequel j’ai fait mon stage cet été) qui m’a proposé une soirée. Je ne sais pas encore si je vais répondre par l’affirmative — c’est une soirée déguisée (avec pour thème la flibuste) où je connaîtrais personne mis-à-part Frédéric, qui se déroule dans le XVe arrondissement. Le fait que je connaisse personne me stresse, je n’aime pas me déguiser et le XVe, c’est un peu loin pour moi (même si le réseau RATP reste opérationnel toute la nuit). Mais la seule alternative est pour moi de reproduire le schéma de l’année dernière : repas chez ma grand’-mère, puis moment de solitude devant l’écran de mon ordi…
Voilà donc mon état d’esprit, lors des fêtes de Noël. Seulement, cette année, un nouvel élément est à prendre en compte : ma dépression (ou plutôt mon « état anxio-dépressif majeur », comme le marque mon psychiatre sur les feuilles d’arrêt-maladie). Vivement que ces fêtes soient passées…
Note : Les pères Noël qui peuplent le message sont issus de la carte électronique que m’a envoyée Christophe “la Crevette” (oui, je connais autant de Christophe que je ne connais d’Olivier…). Christophe, ta carte m’a fait très plaisir et c’est pourquoi je tenais à la mettre sur mon blog. Comme Blogger ne gère pas les images GIF, j’ai éparpillé les trois images…
Bande-son : James Blunt – Out of my mind
Humeur du moment :
Mélancolique
Crevé (les mêmes yeux explosés)


Fatigué

Triste

Énervé

Zen


Migraineux


