01 décembre 2005

« On se sauve de tout par l’orgueil »

Cette phrase, Flaubert l’a écrire en 1852 dans une lettre adressée à Louise Colet.


Mont OrgeuilPourquoi parler de l’orgueil ? Car je pense que c’est le défaut qui me caractérise le plus. Avant, quand on me demandais quels étaient mes défauts, je répondais : « La prétention ». Durant la 1re année en école, on a eu droit à une semaine de séminaire dédiée à la communication. Durant les quelques ateliers et travaux à faire, il fallait se présenter au travers d’un fait ou d’un trait marquant de sa personnalité, et tout ça en 3 minutes, montre en main. Moi, j’avais insisté sur le fait que je sois prétentieux. Ce qui avait “plu” à celle qui animait le séminaire, c’était mon côté gentiment provoc, genre « Je suis prétentieux, c’est comme ça. Et si vous êtes pas contents, hé ben tant pis pour votre poire. » Là-dessus, mes camarades de promo, issus des quatre coins de la France — donc avec leur lot de préjugés sur les Franciliens (ne niez pas, c’est une évidence que j’ai maintes fois observée) —, ne se gênaient pas pour me le rappeler. Mais comme l’avait relevé celle qui animait le séminaire sur la communication : si ça ne vous va pas, allez voir ailleurs.

Depuis, des gens comme le médecin du travail de l’IGN ou Andrew m’ont montré que ce n’était pas de la prétention. Être prétentieux, c’est prétendre à ce qu’on n’est pas. Moi, ce n’est pas mon cas. Si je suis incapable de faire tel travail, je ne vais pas m’en prétendre capable ; si on aimerait que je sois pour x ou y raison spécialiste dans un domaine donné, je ne vais pas prétendre l’être. Non, ce n’est pas la prétention, mon principal défaut, le défaut qui me caractérise. Le médecin du travail de l’IGN a été le premier à le nommer : l’orgueil.


OrgueilEt il a raison : je suis orgueilleux. Je m’en rends compte dès qu’on me sous-estime. Je déteste par-dessus tout que l’on me sous-estime. Un exemple parmi tant d’autres : j’ai 16 ans. Je vais ma visite annuelle chez le dentiste. Ma dentiste “habituelle” venait de prendre sa retraite. Ce nouveau dentiste m’explique comment me brosser proprement les dents : en allant de la gencive vers la dent pour éviter que le tartre pénètre dans l’espace entre. « Alors, tu prends ta brosse à dent, et tu brosses du rouge… vers le blanc, du rouge… vers le blanc. » (il me répète ça au moins 5 ou 6 fois). Merci, à 16 ans, je sais ce que c’est qu’une gencive, je sais ce que c’est qu’une dent. Autant vous dire que je n’ai jamais remis les pieds dans son cabinet, après ça.

Ça a été pareil quand j’ai vu le nouveau psychiatre des services psychiatriques de l’HIA Bégin — l’hôpital où je vais voir ma psychologue. « Vous êtes-t-il arrivé d’entendre des voix ? d’avoir vu des choses qui n’existent pas ? d’avoir l’impression que des personnes de votre entourage ont brutalement changé sans explication ? que vous-même vous avez changé ? » Autant me demander directement si j’ai des symptômes de paranoïa. Non, il ne m’est jamais arrivé d’entendre des voix, ni de voir des choses qui n’existent pas. Il ne m’a jamais semblé que les membres de mon entourage ont brutalement changé, et encore moins pour moi-même. En un mot, non je ne suis pas paranoïaque. Autant appeler un chat un chat. Je veux bien imaginer que le docteur faisait de son mieux mais je pense qu’à 24 ans, je sais plus ou moins définir la paranoïa…

Ce dentiste comme ce psychiatre m’ont laissé la même impression : ils m’ont sous-estimé. C’est donc bien mon orgueil dont il est question. « Un défaut typique des taupins » avait dit le médecin du travail de l’IGN. Tu m’étonnes ! Trois ans à te répéter que tu fais partie de l’élite de la nation, ça finit par rentrer !


Maintenant que je me suis rendu compte de ce défaut, il faut que j’apprenne à dealer avec. C’est dans ce sens que j’avais écrit le message « La franchise “première” ». Je suis orgueilleux donc il est certains choses que je déteste particulièrement qu’on me fasse. Ce sont (bien entendu le plus souvent) de broutilles, mais avant, comme je cherchais au maximum de ménager l’autre (ami, collègue, petit ami…), je le prenais sur moi. Par exemple, je ne supporte pas qu’on me gratifie de sobriquets du genre « mon grand » (ça me rappelle trop ma mère…), « baby », etc. Un exception toutefois : je laisse Agnès m’appeler « Kiki ». Sinon, le reste, je déteste ça. Maintenant, je le dis. Nico pourrait en témoigner, lui qui visiblement adore qualifier les gens de « mon grand », « mon chéri » ou encore « chouchou » (conversation MSN du 1er décembre).

Un autre truc que je déteste, c’est qu’on me dise ce que j’ai à faire, surtout si moi-même, je sais pertinemment que j’ai tel truc à faire. Ça rejoint l’idée de la sous-estimation. Et c’est quelque chose que je dé-tes-tais lors de ma relation avec Manu, qu’il me dise quoi faire. Mais à l’époque, je me taisais. Je ravalais mon orgueil. Je me disais que d’avoir Manu était une telle chance que ça valait bien que je rabaisse le caquet à mon orgueil. Avec le recul, je me rends compte que c’est idiot. De dire à Manu d’arrêter de me dire ce que j’avais à faire n’aurait pas constitué un motif de rupture. Maintenant que j’ai passé le cap de la franchise “première”, que j’apprends à gérer mon défaut, ça devrait mieux se présenter, dans mes relations futures.


Et puis, si Flaubert a raison, alors, je suis sauvé. Et ça, c’est une bonne nouvelle ! Et tant pis si pour certains, c’est un péché capital.



Bande-son : Dream Theater – Wait for sleep (puis rapidement le silence)
Humeur du moment : Migraineux

2 commentaire(s) :

Anonymous Awem a dit :

Tu parles de l'orgueil comme un de tes défauts. Mais en est-ce un vraiment ? Je n'ai pas lu Flaubert (enfin pas cette lettre ;) mais je suis d'accord avec ta citation : l'orgueil, c'est ce qui te fais réagir, et qui donc te fais avancer. Alors qu'être prétentieux ou vaniteux, au contraire cela empêche d'avancer car quelqu'un de prétentieux se vante sans chercher à s'améliorer.
Ceci dit, peut-être que j'ai écrit ce commentaire parce que justement je suis orgueilleux ;)

 
Blogger ClemG a dit :

En fait, je trouve que l’orgueil est plus vu comme un défaut qu’un défaut en lui-même. Une personne orgueilleuse est aussi antipathique qu’une personne prétentieuse ou vaniteuse. La prétention et la vanité sont deux défauts très proches que les gens ont vite fait de classer avec l’orgueil.

De plus, il ne faut pas négliger tout l’héritage judéo-chrétien de notre culture : l’orgueil est l’un des sept péchés capitaux. Je ne dis pas que je crois à ces conneries, je dis juste que dans l’esprit des gens, de façon inconsciente ou non, l’orgueil est un défaut, et c’est l’image qu’ils t’en renvoient.

Mais l’orgueil est plus qu’un moteur. Il est, si on prend au pied de la lettre la citation de Flaubert, nécessaire. C’est ce que me soulignait Jeff, un contact de rezo.g. Il faut savoir être orgueilleux dans la vie. Le tout, c’est de trouver un juste milieu et que soit les gens évoluent et ne voient plus l’orgueil comme un défaut (mais je ne pense pas que ce sera demain la veille), soit veiller à ne pas l’être “trop” et par cela éviter d’être catalogué à tort par les gens de prétentieux ou de vaniteux.

 

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