La carotte et le bâton
Non, il ne s’agit pas d’une fable perdue de la Fontaine qu’on aurait retrouvée. Ce message fait partie du lot de messages qui pourrait faire changer le titre actuel du blog — « il faudrait que j’arrête de me prendre la tête » — par « Clément : mode d’emploi »…
Selon moi, il y a deux manières de motiver quelqu’un : le bâton d’une part, la carotte d’autre part. L’image est empruntée à la manière qu’avaient les meuniers et autres artisans utilisant l’âne comme moyen de transport pour le faire avancer. La première méthode consistait à placer une carotte attachée à une ficelle, elle-même raccordée à une baguette, que le meneur plaçait devant les naseaux de l’animal. Celui-ci en voyant la carotte se mettait à avancer pour saisir ledit légume qui donc lui échappait à chaque pas. Si la carotte ne suffisait plus (il ne faut pas prendre tous les ânes et autres mules pour plus bêtes qu’ils ne sont), le cavalier asinien avait recours à une méthode beaucoup plus radicale : le bâton. Sous les coups, l’animal se mettait à avancer.
Une personne qui cherche à motiver une autre a recours à l’une de ces deux pratiques — et quelques fois aux deux ! Je prends l’exemple de l’élève en prépa. Il y a deux manières de motiver un taupin : lui faire miroiter le prestige et le laxisme des Grandes Écoles qu’il peut intégrer ou alors le sermonner à chaque colle et lui mettre des sales notes accompagnées d’un sermon pas piqué des vers. Chez moi, la première méthode donne largement plus de résultats.
Par exemple, prenons le cas du TOEIC que j’ai repassé cet été. On m’aurait dit : « Tu bosses ton anglais deux heures par jour pendant une semaine et t’es sûr de te taper au moins 800 » (le maximum étant 1 000 et le minimum, bien sûr, zéro). Mais on ne m’a rien dit. J’ai bossé mon anglais pendant une semaine. Je me mettais au maximum dans les conditions du test. Mes résultats oscillaient entre 800 et 850 — sachant que l’école me demandait officiellement 750 pour minimum et officieusement “seulement” 605. Ce fameux samedi matin du mois d’août, je passe le test. Deux semaines après, je reçois le résultat : 770. C’est bon : j’ai dépassé la limite “officielle”, fixée par la Commission du titre d’ingénieur. Seulement, j’ai une différence nivelée par la bas d’une cinquantaine de points par rapport à mes entraînements. Pourtant le test passé n’était pas plus dur que ceux sur lesquels je me suis entraîné. Mais le stress, l’ambiance générale, le fait de savoir qu’en gros, je n’avais pas droit à l’erreur ont fait que je n’ai pas eu les 825 points, niveau qui me caractérise plus que les 770 points obtenus.
L’intégration à une Grande École se fait sur deux ans : la Sup et la Spé. En Sup, le rôle des profs est de “tamiser” afin de ne conserver que les meilleurs éléments, les plus susceptibles d’obtenir quelque chose à l’issue de la seconde année. Ils employaient donc la méthode du bâton. Autant dire que je n’ai jamais aussi mal vécu une année scolaire que la Sup. J’avais des mauvaises notes ; cela me stressait ; donc, pour éviter le stress, je travaillais moins (je suis souvent allé au cinéma durant ma Sup) ; et comme je travaillais moins, j’avais des mauvaises notes. Le cercle vicieux se refermait. Finalement, je suis passé de justesse en Spé, au culot (je n’ai pas passé le seul concours ouvert aux élèves de Sup — celui des Petites Mines * —, ce qui aurait permis à mes profs de me jauger) et aussi en jouant sur le fait que j’avais à ce moment-là des problèmes familiaux (la tentative de suicide de ma mère entre autres). Si j’avais “eu” les Petites Mines, j’aurais assuré sans problème mon passage en Spé. Comme je me savais parfaitement incapable de les “avoir”, j’ai préféré ne pas m’y inscrire.
Une fois en Spé, l’ambiance est toute différente : le but des profs n’est plus de “tamiser” mais de conduire le maximum d’élèves aux Grandes Écoles. Du bâton utilisé en Sup (la menace de ne pas passer en 2de année ou les réprimandes lors des colles), on était passé à la carotte (les profs essayaient de mettre en confiance les élèves, les assistaient, etc.). Autant vous dire que j’ai largement préféré l’ambiance qui régnait en Spé que celle en Sup.
Car la meilleure manière pour me faire réagir n’est pas le bâton (ce qu’on pourrait aussi appeler un « électrochoc »). Le bâton a sur moi l’effet inverse. Olivier-de-Nouvelle-Calédonie l’a testé à mes dépends (et un peu aux siens car il s’en est voulu par la suite). Au vue de l’état dans lequel son « électrochoc » m’a plongé, ma psy m’a bien recommandé de parler de ma dépression uniquement dans le cadre de la thérapie. L’intention d’Olivier était bonne et honorable, mais ne dit-on pas que l’enfer en est pavé, de bonnes intentions ?
Bref, si vous voulez à votre tour essayer de me faire réagir, évitez le bâton. Car que cela soit sur le physique (une crise de tétanie à la suite d’un vomissement volontairement provoqué, sensé me soulager l’estomac, par exemple) ou sur le mental, cela agit de manière exactement opposé : je suis plus mal qu’avant.
Je suis d’accord : je dois de mon côté me carapacer et ne pas prendre pour argent content la moindre chose que l’on me dit. J’y travaille…
Note : Le groupe des écoles des mines est constitué de trois écoles “principales” (situées à Paris, à St-Étienne et à Nancy) et de quatre écoles surnommées « Petites Mines » (situées à Alès, à Albi-Carmaux, à Douai et à Nantes). Pour en savoir plus, je vous renvoie à l’article de Wikipédia sur le groupes des écoles des mines.
Bande-son : Dead Can Dance – The ubiquitous Mr. Lovegrove
Humeur du moment :
Fatigué

1 commentaire(s) :
Et pan prends ça dans la gueule Olivier...
Bisous Clément et à bientôt...
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