Paris, je t’aime. Paris, je te hais.
S’il y a bien une ville que j’adore, c’est Paris. J’adore m’y balader. J’adore prendre le métro au hasard des stations et déboucher dans un quartier que je connais pas. J’adore flâner le long du boulevard Saint-Michel et m’arrêter à chaque boutique de DVD. J’adore marcher avec mes amis le long de la Seine. J’adore regarder tes monuments et tes façades. J’adore imaginer tout ce qui a pu se passer en tel endroit. J’adore me dire que je suis dans l’une des plus belles villes du monde.
Quand on me demandait où je comptais habiter plus tard, je m’imaginais un petit appart’ sympa dans un quartier sympa. Je me voyais pas habiter ailleurs.
Seulement, Paris est devenue cette semaine synonyme de déprime, d’éloignement, de tristesse. Paris est devenue désagréable quand j’emprunte ses trottoirs. Son métro bondé et puant m’emmène jamais assez rapidement là où je veux aller. Le boulevard Saint-Michel m’insupporte avec tout ce monde et ce bruit. Les bords de la Seine sont mornes, comme les eaux du fleuve. Les monuments souillés par la pollution. Les hauts-faits historiques sont devenus barbants, sans intérêt. Qu’est-ce que je fous dans ce bordel de bruit et de fureur ?
Et maintenant, je commence mon travail à l’IGN, à Saint-Mandé. Trois ans minimum sur Paris. Maintenant, je me vois bien travailler ailleurs.
Dans un petit film méconnu sorti il y a un an, Vénus et Fleur, un personnage féminin russe (Vénus) répondait à un garçon, qui lui demandait quel pays elle préférait, par : « Mais le pays où habite l’élu de mon cœur. » Bien sûr, cette réponse était dans le film chargée de sous-entendus et servait essentiellement à la séduction. Mais Vénus n’a pas tort.
Pourquoi Paris est-elle devenue cible de ma haine ? Car la personne que j’aime déprime sur Paris, car la personne que j’aime a pris en horreur la ville et ses habitants, car la personne que j’aime a dû s’en éloigner. Si la ville que je préfère est celle où habite cette personne, cette ville n’est sûrement pas Paris.
On aura beau dire, je pense que c’est en partie de ma faute. Disons que j’aurais pu tout faire pour empêcher ça. J’aurais pu communiquer un peu de mon amour pour Paris, en montrer un autre aspect, loin des quais de RER et des employés malhonnêtes. J’aurais pu dévoiler des trésors cachés, des balades inattendues, des anecdotes camouflées. Seulement, c’était sans compter sur ce putain de stage qui me zombiait pour une bonne partie du week-end. La fatigue et la facilité ont fait que je n’aie pas proposé toutes ces choses. Peut-être que ça n’aurait pas évité l’inévitable. Au moins, j’aurais essayé.
« Je ne voudrais pas faire l’amalgame, t’associer à mon échec parisien. » Ces mots-là m’ont fait mal. Et maintenant, je ne sais pas si je fais l’amalgame mais pour moi, Paris s’associe à son éloignement. Et pour ça, Paris, je te hais.

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