12 juillet 2006

Insomnie, dessins et longs discours

Il est des choses qu’on lit dans les journaux, qu’on entend à la radio ou qu’on voit à la télé qui interpellent et qui restent facilement plusieurs jours un sujet de préoccupation, pouvant parfois engendrer une belle insomnie comme c’est mon cas actuellement.


Le principal coupable est le portrait du Hollandais Marthijn Uittenbogaard paru dans Libé. Marthijn Uittenbogaard est le président d’un parti nouvellement formé aux Pays-Bas (le 31 mai de cette année), parti appelé NVD (pour Partij voor Naastenliefde, Vrijheid en Diversiteit, littéralement « parti pour l’amour du prochain, la liberté et la diversité »). Parmi le programme abject de ce parti, on trouve entre autres :

  • un libéralisme sauvage avec la possibilité à chacun d’ouvrir un commerce chez lui, la suppression du gouvernement et l’interdiction du déficit budgétaire,
  • le sexe entre adultes et enfants (pédophilie), en baissant l’âge du « consentement » de 16 ans à 12 ans puis progressivement le supprimer,
  • la légalisation de la pornographie enfantine — avec la baisse de l’âge légal pour pouvoir poser dans des revues porno de 18 ans à 16 ans — et la possibilité de posséder des photos ou des films à caractère pédophile,
  • la légalisation du sexe entre humains et animaux (zoophilie),
  • la légalisation de la nudité publique et de toutes les drogues,
  • la prison à perpétuité pour les meurtriers récidivistes, ce qui permettrait de distinguer le “bon” pédophile (qui “aime” les enfants et ne leur veut pas de mal) des “mauvais” pédophiles (genre Marc Dutroux).

La totalité du programme se trouve sur le site officiel du parti.


L’article de Libé disait :

« “Amour du prochain, liberté et diversité” (NVD) : tel est le nom du parti pédophile lancé mardi à Amsterdam. Le principal objectif de ses fondateurs n’est pas de remporter des élections, mais de militer pour la légalisation de la pornographie enfantine et du sexe entre adultes et enfants. […] “À partir de 12 ans, on devrait être libre d’avoir des relations sexuelles, de voter, de jouer aux jeux d’argent et de choisir avec qui on veut vivre”, affirme le NVD. Ce mouvement voudrait aussi que l’âge légal passe de 18 à 16 ans, pour poser dans des revues porno. En septembre dernier, à Almere, un photographe a été condamné à vingt mois de prison ferme pour avoir fait des quantités de clichés pornographiques et abusé sexuellement d’une adolescente de 15 ans.

« “Les tabous et les dogmes ne font qu’aggraver la peur et l’intolérance”, proteste Ad van den Berg, 62 ans, co-fondateur du NVD, qui regroupe essentiellement ses amis de l’association pro-pédophile Martijn, fondée en 1982. “Depuis l’affaire Marc Dutroux, poursuit-il, il n’y a plus de discussion. Tous les pédophiles sont mis dans le même panier”. […]

« Pour l’instant, le seul effet du NVD a consisté à polariser un peu plus la société néerlandaise : l’association Martijn a été visée par une manifestation d’extrême-droite le 27 mai. La police a arrêté 20 membres du groupe d’extrême-gauche Action anti-fasciste (AFA) qui s’en sont pris aux manifestants d’extrême-droite. De son côté, Geert Wilders, député indépendant ultra-conservateur, a demandé à Piet Hein Donner, le ministre de la Justice, d’interdire un parti aux “idées aussi malades” avant même qu’il soit fondé. »


Il faut dire que s’il y a bien une chose qui me met à la fois en rogne, me choque et provoque en moi un mal-être prononcé, c’est bien la pédophilie. C’est quasiment un sujet tabou chez moi. Pourtant, rien dans mon enfance ou mon adolescence ne justifie cette habitude : je n’ai jamais été abusé ou quoi que ce soit. Mais la pédophilie est l’un des pires crimes. J’imagine bien que ça ne doit pas être facile à gérer pour le pédophile qui s’abandonne à son instinct malsain (je pense particulièrement au personnage de William Gladden dans Le Poète de Michael Connelly, personnage que l’on le sent tiraillé entre contenir son instinct et l’assouvir), mais les enfants de 12 ans (et même plus âgés) sont tellement influençables que l’idée même de “consentement” ne ressemble à rien. C’est même pire avec les animaux, encore plus vulnérables que les enfants. Il y a de quoi d’être misanthrope.




Puisque j’en suis à parler “politique” (enfin, de parti politique), il est naturel que je dévie le sujet de ce message vers un autre ayant également attrait à la politique. Cette fois-ci, ce n’est pas un article dans un journal mais quatre planches de BD parues dans le Télérama de cette semaine. Il s’agit d’une histoire signée Émile Bravo. En un minimum de parole et avec un certain coup de crayon (qui se révèle plus complexe qu’il n’y paraît au départ), Émile Bravo nous parle de la politique “économique” entraînant son personnage principal dans un spirale infernale aboutissant à une conclusion certes démoralisante mais néanmoins réaliste.

Et parce que souvent un dessin vaut mieux que de longs discours, je vous propose de découvrir cette histoire :
BD É. Bravo

Sources :

Sabine Cessou, « Aux Pays-Bas, un nouveau parti pédophile »
(www.Libération.fr, mercredi 31 mai 2006, 12 h 23)

Émile Bravo, Une question de ressources humaines !
(Télérama no 2948, du 15 au 21 juillet 2006)



Bande-son : Le silence
Humeur du moment : Insomniaque

11 mai 2006

La reprise était presque parfaite

Ça faisait trois semaines que je m’y étais préparé. Ça faisait trois semaines que le stress dû au travail avait laissé place à l’impatience de me remettre à travailler. Ça faisait trois semaines que j’essayais de persuader le psychiatre qui me suit et ma psychologue que j’étais apte à reprendre le boulot. Et à plein temps ! (car je me voyais suffisamment motivé pour ne me “contenter” que d’un temps partiel).


Petite chronologie avant de poursuivre : mon arrêt-maladie a débuté le 25 septembre. La règle veut qu’au bout de trois mois d’absence, le salaire diminue de moitié. Seule parade : me déclarer en congé longue maladie. Le congé longue maladie apporte deux privilèges loin d’être négligeables : il m’assurait un congé avec un plein salaire pendant un an et la possibilité de reprendre à mi-temps thérapeutique. Je fais donc les démarches, je passe un mois de février et de mars sur le fil du rasoir (en raison du demi-salaire qui n’avait pas encore été régularisé).

Fin mars, cela fait six mois que j’étais en arrêt-maladie. Dans le cas d’arrêt-maladie dépassant les six mois, le poste occupé par le “malade” devenait vacant et donc soumis aux candidatures potentielles. C’est ainsi que je ne fis plus partie du service dans lequel j’avais commencé en septembre (le Service de géodésie et de nivellement). J’étais passé dans les limbes des postes de l‘IGN : le Service du personnel. Mais ça, je l’ignorais jusqu’à aujourd’hui. Ce matin, je me pointe donc comme une fleur dans mon service absolument pas au courant de ma reprise.

Un rendez-vous plus tard avec l’assistance sociale de l’IGN m’a fait prendre en compte quelque chose d’essentiel dans la reprise du travail lorsque on est en congé longue maladie. L’année accordée est de fait la période par défaut de l’arrêt-maladie. Si le médecin traitant donne son accord, il est possible de reprendre avant un an. La démarche est la même que pour la demande de congé longue maladie : un certificat médical précisant mon état de santé et une demande formelle adressée au comité du ministère. Ce comité se réunit une fois par mois. Il est trop tard pour que la réunion de mai considère ma situation. Je suis donc relégué au mois de juin. Comme ces réunions se déroulent en fin de mois, je ne peux pas compter sur une reprise avant le début du mois de juillet !


Ce que je trouve ironique, c’est que je m’étais fait un bon nombres de scénarii possibles quant à cette reprise. Dans les scénarii “catastrophes”, je me voyais remis en arrêt-maladie par le médecin de l’IGN car je m’étais endormi sur mon clavier ou que l’angoisse reprenait le dessus. J’aurais jamais pensé que c’est l’inertie de l’administration qui serait la cause de ma non-reprise.

Au final, je me retrouve actuellement encore en arrêt-maladie pendant un mois et demi. Je risque de perdre mon poste alors que j’avais fini par m’y intéresser et même m’y invertir (la chef de service, ma supérieure, m’a assuré que tout ce que j’avais fait pendant les 15 jours de septembre a été pris en compte dans la suite du projet). J’ai montré combien j’étais motivé pour poursuivre. Le chef de division à laquelle j’appartiens (mon supérieur direct quoi) a dit que poser sa candidature pour un poste qui a déjà été occupé constituait un « cas d’école ». Demain matin, mes supérieurs ont une réunion avec la DRH. Mon cas devrait être au programme. J’en saurais plus demain.


Sinon, il se trouve que le travail sur lequel j’avais commencé à bosser a “monté en grade” et se trouve être actuellement un « mini-projet ». Mon statut à l’intérieur du service me désignerait comme responsable de ce mini-projet, soit plus de responsabilité qu’il était convenu au départ. Le plus étonnant est que ça ne m’a pas fait stresser. Je me suis rendu compte qu’au contraire, ça constituait une motivation de plus pour reprendre le boulot. J’espère que le service pourra « geler » la demande de poste jusqu’à je puisse reprendre le boulot…



Bande-son : Interpol – « Untitled »
Humeur du moment : Fatigué

18 avril 2006

Poignée d’heures avant le quart de siècle

Aujourd’hui, c’est la St-Parfait. Aujourd’hui, ça fera 25 ans. Vingt-cinq ans, un quart de siècle. Vingt-cinq ans, nombre emblématique s’il en est. Vingt-cinq…

C’est le temps des questionnements, des bilans. Des réussites et des défaites jalonnent ces 25 ans. Ils provoquent en moi de la nostalgie comme des regrets, des souvenirs agréables comme de la honte.


La peur de vieillir ? Oui et non. Oui, car je vois ce qu’est la vieillesse par mes grand-mères. Oui, car l’idée d’être diminué physiquement et moralement m’inquiète. Non, car c’est l’ordre des choses. En fait, j’ai plus peur de vieillir seul que de vieillir tout court.

Le temps qui passe. Depuis l’âge de 16 ans (c’est-à-dire mon passage en Seconde, du collège au lycée), j’ai la désagréable impression que le temps s’est accéléré. Nouveaux copains, nouveaux passes-temps, nouvelles expériences. À l’époque, je m’étais fait cette réflexion : « Bah si, à 16 ans, t’as l’impression que le temps passe trop vite, qu’est-ce que ce sera dans 20 ans ou même 10… »

La maturité. Revenons 5 ans en arrière. J’ai 20 ans. Au téléphone, par le ton de ma voix et le choix des mots ou des expressions me donnaient 10 ans de plus. Mis-à-part mes parents, les gens me trouvaient une maturité certaine. Même aujourd’hui, je n’arrive pas à me voir comme quelqu’un de mature.


Clément au pluriel. Je me suis rendu compte du décalage qui existe entre ma vraie nature, l’idée que je m’en fait et l’idée que ce qu’en font les autres. Pour moi, je suis toujours le collégien complexé et victime des blagues des “fausses racailles”. Il faut dire que, quand je vois les photos de l’époque, je suis passé par une période assez ingrate, physiquement parlant. Aujourd’hui, ça a changé : on me le dit — il y a deux ans, mon meilleur ami Guillaume m’a dit qu’il aurait préféré mon physique au sien alors que, franchement, je ne vois pas en Guillaume ce qu’il l’a poussé à dire ça (même si, je le reconnais, ça m’a fait très plaisir, d’autant plus que je ne m’y attendais pas) —, on me le montre aussi — je pense tout particulièrement à Manu et ses efforts pour me le montrer.

Quel Clément ? Plus le collégien complexé, pas non plus le beau gosse sûr de lui. Me résumer par une qualité et un défaut. Pour défaut, manque de confiance en soi (vous l’auriez deviné). Pour qualité, gentillesse (à moins que ça soit aussi un défaut). Beaucoup de gens me trouvent gentil. J’ai commencé à rédiger un message sur le sujet. Affaire à suivre donc…


Pour finir. Quel est le résultat de 25 ans ? Mitigé : j’aurais voulu connaître pleins de nouvelles expériences qui s’étaient présentées à moi sans que je les saisisse. D’un autre côté, ce quart de siècle contient une enfance qui a tout été sauf malheureuse, une éducation ouverte d’esprit, des relations amicales ou sentimentales fortes. Finalement, je suis paré pour un nouveau quart de siècle.




Bande-son : Divers trucs
Humeur du moment : Fatigué

21 mars 2006

Considérations macabres

Entendu dans Le Locataire de Roman Polanski :


Affiche

« Tell me– At what precise moment… does an individual stop being who he thinks he is? […] You cut off my arm, right? I say me and my arm. You cut off my other arm. I say me and my two arms. Take out my stomach, my kidneys– assuming that were possible. And I say me and my intestines. Follow me? And now, if you cut off my head… would I say… me and my head, or me and my body? What right has my head to call itself “me”? What right? »


(Dis-moi… À quel moment précis un individu… cesse-t-il d'être ce qu'il croit ? Tu me coupes le bras, d'accord ? Je dirais : « moi et mon bras ». Tu me coupes l'autre bras. Je dirais : « moi et mon autre bras ».Tu enlèves mon estomac, mes reins… en supposant que ce soit possible. Je dirais : « moi et mes intestins ». Tu me suis ? Et maintenant, si tu me coupes la tête… faudrait-il dire… « moi et ma tête », ou « moi et mon corps » ? De quel droit ma tête pourrait-elle prétendre être “moi” ? De quel droit ?)




Extrait du scénario de Gérard Brach et Roman Polanski (1976)



Bande-son : Philippe Sarde – BO du Locataire
Humeur du moment : Triste et anxieux

03 mars 2006

Rapprochement sororal

Depuis le mois de décembre, je passe de plus en plus de temps avec la plus jeune de mes sœurs, Auriane. Elle vient chez moi, on écoute de la musique, on se mate les bandes-annonce de Ciné Live, parfois on se met un film en entier.

Profitant de ses vacances scolaires, on est allé plusieurs fois au cinéma : King Kong pendant les vacances de Noël, Orgueil et Préjugés (c’est elle qui y tenait) et Le Nouveau Monde pendant les vacances de février et on a même prévu ce week-end d’aller voir Petites confidences (à ma psy).

Je l’ai assistée pour mettre sur rails son blog. Je l’ai initiée aux joies de la messagerie instantanée. Du coup, il nous arrive souvent de se lancer, par claviers interposés, dans de grandes discussions surréalistes, alors qu’on habite à 200 m l’un de l’autre…


Auriane, bon public, est la première à goûter à mon humour de dépressif. Quand elle vient chez moi, je lui propose une saucisse Knackie (seule denrée mangeable que contient mon pauvre frigo). C‘est devenu une blague récurrente qui a tourné carrément à l’habitude. « C‘est pour les saucisses ? » posé-je comme question quand elle vient sonner à ma porte.

Depuis la mise en place d’une certaine complicité (assez relative je dois dire, mais qui forme un bon début d’une vraie complicité), je me sens plus à l’aise avec elle. Mieux, je prends plaisir à nos conversations sur MSN dont la plupart est dénuée de sens, je prends plaisir à qu’elle vienne de son propre chef me rendre visite.


Voici un autre exemple de cette “demi-complicité”. Il y a 15 jours, je parcourais les promotions des DVD sur amazon.fr. Comme elle est férue d’histoire d’amour et autres comédies romantiques, je lui aie suggéré d’acheter le DVD de Love Actually. Comme la critique de Télérama était mauvaise pour ce film, elle était réticente à acheter un film qu’on présente pourtant comme « l’ultime comédie romantique ».
Pour la convaincre, on a convenu un “plan” : moi, je lui achetais Love Actually et elle m’achetait Coup de foudre à Notting Hill, un film dont la critique de Télérama est hautement meilleure. C‘est comme ça que, il y a deux semaines, Auriane m’offrait pour la toute première fois un DVD.


Je repense à ce qu’une fois m’avait dit Agnès : selon elle, Auriane a juste besoin de mûrir un peu mais contient déjà en elle tous les ingrédients pour une bonne et solide complicité.

Il est vrai qu’Auriane a fait preuve d’une certaine maturité vis-à-vis d’une certaine chose qui concerne Agnès comme moi : l’épineuse question de l’homosexualité. Je n’en ai jamais parlé à Auriane. Mais c’est elle qui m’étonne : elle est allée voir et adore le film d’Ang Lee Le Secret de Brokeback Mountain (elle en parle dans son blog avec le message « Le Secret de Brokeback Mountain »). Pendant un épisode de Sex and the City, le personnage de Miranda (l’avocate) se retrouve à jouer la copine d’une lesbienne (alors qu’elle ne l’est même pas) pour lui rendre service. J’ai été (agréablement surpris) d’entendre Auriane dire que ça ne la gênerait pas de faire pareil, se faire passer pour lesbienne afin d’aider une amie. Et ce soir, elle vient de m’emprunter Garçon d’honneur, un film d’Ang Lee traitant également de l’homosexualité.


Ce commencement d’une telle complicité a des effets particulièrement positifs dans le comportement de l’un vis-à-vis de l’autre. Avant, il n’était pas rare qu’on s’engueule pour des broutilles à chaque repas de famille. Ce n’a plus été le cas depuis plusieurs semaines. Maintenant, je me réjouis d’avance quand elle m’annonce sa venue ou qu’on se prévoit une toile.

Avant, je n’aurais jamais parié qu’un tel rapprochement puisse se faire via une maladie telle que la dépression. Mais c’est le cas, et j’en suis très heureux.




Note sur le titre : le mot « sororal » est une version (non officielle) du terme “fraternel”. Pour celles et ceux qui seraient intéressé(e)s par cette question, je peux leur suggérer de parcourir le forum « Fratrie au féminin » (forum édité par le site WordReference.com).




Bande-son : une playlist de plusieurs morceaux de BO
Humeur du moment : Fatigué

15 février 2006

Pensée sur l’art

Lu à l’exposition « La Collection Phillips à Paris » (Musée du Sénat) :


Renoir

« L’art apporte deux grandes émotions — celle de la reconnaissance et celle de l’évasion — qui nous emmènent, toutes les deux, aux frontières du moi… Dans ma période de crise j’ai cru devoir créer quelque chose qui exprimerait, d’une part, la conscience des joies que la vie avait encore à m’offrir et, d’autre part, mes possibilités d’évasion dans le territoire des rêves où chaque élément serait posé à sa place, dans une vision d’ensemble, exactement comme l’artiste construit son monument ou son décor. »



Duncan Phillips (1926)



Bande-son : Michael Andrews – BO de Donnie Darko
Humeur du moment : Pas d’humeur particulière

10 février 2006

Bravo !

« L’être humain a besoin d’être flatté, sinon il ne devient pas ce qu’il est destiné à devenir, pas même à ses propres yeux. »

Pär Lagerkvist, Le Nain (1944)



Je sais : mon dernier message date du 11 janvier, soit quasiment un mois. Sur ce blog-ci, c’est pire : pas de message après le 4 janvier. On est loin du rythme un message tous les deux jours en moyenne. Non pas car je n’avais plus rien à raconter, au contraire même. Qu’il s’agisse des messages enregistrés en tant que brouillon ou des fichiers texte regroupés dans un répertoire « Blog » sur mon ordi, on doit approcher la demi-douzaine de messages avortés. Pourquoi ? Je ne sais pas trop. Il y a la fatigue bien sûr, mais je ne pense pas qu’elle explique à elle seule le manque de concentration, concentration nécessaire à la rédaction d’un message dans son intégralité. Il y a les médicaments à coup sûr. Bref, ce n’est pas parce que j’ai délaissé mes blogs pendant un mois que je n’avais rien à dire…

Paradoxalement, ce sont les écrits des autres qui m’ont ce soir donné l’envie (et la concentration !) de m’y remettre.


Couverture

Tout d’abord, il y a le livre de Christophe “La Crevette”, Pas de quoi se taire., que je suis actuellement en train de lire. Je peux vous prévenir d’ores et déjà que je compte parler longuement (sur mon deuxième blog) de cette œuvre autobiographique dont presque chaque page me fait réagir (dans le bon sens du terme). Pour la promotion de ce livre autopublié, Christophe s’est lancé dans l’aventure blog avec « Les boules ! Après une couille dans le potage, voilà où j’en suis… ». Je ne peux que vous inciter à aller y jeter un coup d’œil. Affaire à suivre, donc…


Blog

Les seconds écrits sont ceux de ma “petite” sœur Auriane. En effet, vu qu’elle est en vacances depuis la semaine dernière, elle passe une partie de ses après-midi chez moi, généralement devant un film (on s’est revu entre autres Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton avec l’inégalable Johnny Depp et Amour & Amnésie, une comédie agréable et pas si convenue que ça, avec Drew Barrymore). À un moment, je lui ai montré les critiques de disques que j’ai faites sur le site d’amazon.fr. Ça lui a donné envie d’en faire aussi. Je lui ai plutôt suggéré de faire son propre blog dans lequel elle pourra parler des sujets qui la branchent. Chose dite, chose faite : on a créé ainsi son blog, intitulé « Mon blog à moi », titre provisoire qui est devenu définitif. Je lui ai même suggéré l’accroche.

Ainsi donc, Auriane se lance dans un blog dans lequel elle parle « de cinéma en général et des beaux mecs en particulier ».


Pour ceux qui ne connaissent pas ma plus jeune sœur, disons qu’Auriane n’est pas particulièrement attirée par les travaux d’écriture. Qu’elle manifeste une telle envie d’écrire m’a surpris (agréablement) et c’est pour ça que je l’ai encouragée de suivre cette voie-là. Ce qui m’a par contre déçu, c’est la réaction de ma mère. Je pensais qu’elle allait accueillir le fait qu’Auriane écrive dans un blog (qui est un support comme un autre) de la même manière. Je me suis trompé : l’entreprise parut à ma mère indigne d’intérêt. Je trouve ça très fort : ma mère est la première personne à faire des remontrances à ma sœur, l’encourager à aller jusqu’au bac, etc.

Cette attitude a eu sur moi un effet de “retour en arrière”. En 1997 (j’habitais alors encore chez mes parents), nous avions accueilli Cheryl, une jeune Américaine qui faisait un mémoire de fin d’études sur l’Éducation nationale, mes deux parents étant profs. Cheryl est une personne pleine d’énergie et qui a le contact facile. Un jour, je lui avais fait part que je trouvais que mes parents ne nous encourageaient pas souvent, mes sœurs et moi. La réaction de mes parents vis-à-vis de nos notes est, à mon sens, significative : pour eux, avoir de bonnes notes est normal ; ce n’est que quand les notes sont mauvaises qu’ils réagissent. Bien sûr, il y a une part de généralisation dans ce que j’ai pu dire. Erreur tactique de ma part : ma mère était dans la même pièce. Et elle a pris la mouche. Elle me l’a ressorti à intervalle régulier pendant plusieurs mois.

Avide de remerciements, je m’étais très tôt tourné vers mes profs et, jusqu’à ma dernière année de prépa (soit l’année scolaire 2001-02), j’attendais de leur part les encouragements ou les félicitations qui me manquaient. Avec le recul, je pense qu’il s’agissait là de ma motivation principale à avoir des bonnes notes.


Un effet pervers de cette attente de compliments de la part de mes parents est que j’ai aujourd’hui beaucoup de mal à les accepter. Souvent, je pense que les gens exagèrent ou veulent me faire plaisir. J’apprends un peu plus chaque jour à accepter les compliments qui me vont droit au cœur et me remplissent de joie — je pense en particulier au message « Merci » dans lequel je remercie les différentes personnes qui ont su me complimenter sur mon blog, même si la principale motivation n’est pas d’être complimenté mais plutôt de mettre par écrit ce qui me prend la tête.

L’autre effet est que moi-même, j’ai du mal à complimenter. Là aussi, je me corrige mon avarice de compliments chaque jour un peu plus. Cette évolution va de pair avec le fait que je les accepte toujours un peu plus, lorsqu’ils me sont adressés. Et je me rends compte qu’un simple « Bravo ! » sans ironie ou 2nd degré, accompagné du prénom de la personne, peut valoir bien plus qu’un long discours.


Aussi, je dis bravo Christophe pour ton livre. Je dis bravo Auriane pour te lancer dans l’aventure blog. Et je rajoute : « Continuez »…



Bande-son : John Barry – BO d’Out of Africa
Humeur du moment : Fatigué

04 janvier 2006

Effets non souhaités et gênants

Parmi la véritable armoire à pharmacie que je m’avale chaque jour (pas moins de 5 médicaments différents) se trouve un neuroleptique (goûtez au nom) appelé Solian. D’après la notice, je m’expose :

  • à des insomnies, de l’anxiété et des agitations
  • à de la somnolence diurne
  • à des troubles digestifs (constipation, nausées, vomissement, sécheresse de la bouche)
  • à des tremblements, de la rigidité musculaire, des crampes, des mouvements anormaux, de l’hypersalivation
  • à l’impuissance, de la rigidité
  • à l’arrêt des règles, de l’écoulement de lait en dehors des périodes normales d’allaitement (oups, ça ne me concerne pas, ça)
  • au gonflement des seins, l’hyperprolactinémie (quantité excessive de prolactine dans le sang)
  • et enfin à la prise de poids.

La fiche signale ensuite les effets qui ont été « très rarement observés » mais je n’ai pas eu le courage de poursuivre.


Chez moi, les effets secondaires les plus gênants sont le trouble de la concentration et la difficulté de focaliser mon regard. Le premier se manifeste lors de conversations téléphoniques où je fais répéter 3 fois la même chose à mon interlocuteur, ou la quasi-impossibilité de suivre en entier un film (c’est pour cette raison que je suis plus facilement les séries que les films). Le second m’empêche ni plus ni moins de lire, dès que les caractères sont en-deçà de 36 points.

Ça a pour conséquence la difficulté de suivre convenablement une conversation MSN ou sur rezo.g (c’est pour cette raison que je m’y connecte moins ces derniers temps) ou de lire. Le plus frustrant est que parmi mes cadeaux figurent trois livres : un livre sur Hichcock (cadeau de mon père), un autre sur Kubrick (cadeau de Vincent, le plus grand de mes cousins) et un troisième sur les plans de la ville de Paris (cadeau de ma tante, sœur de ma mère) ; soit trois sujets qui m’intéressent au plus haut point. Seulement, dès que je converge mon regard, ma vue se trouble…

Écran

Du coup, j’ai recours à des parades : pour la navigation sur Internet, je configure un zoom de 200 %. Quand j’ai un texte à taper pour mon blog, je le tape avec des caractères de taille 36. C’est pour cela que je poste peu de messages ces derniers temps. Écrire un message me demande beaucoup. Du coup, je viens à peine de publier le message précédent, « 2006, l’année des bonnes résolutions ? », entamé le 1ᵉʳ janvier, soit il y a 4 jours.

Je sais qu’il existe des médicaments “correcteurs”. Le psychiatre, qui a pris en charge mes ordonnances, m’en a prescrit un pour calmer d’horribles démangeaisons, autre effet indésirable qui (heureusement !) a aujourd’hui disparu. Je le vois demain. J’espère qu’il me prescrira un autre correctif. En effet, je suis dans l’incapacité de reprendre le boulot dans de telles conditions.



Note : Aujourd’hui, le 16 janvier, je relisais ce message et je tombe sur quelque chose de “marrant”, d’autant plus que c’était complètement involontaire. C’est dans la capture d’écran. Je parlais de mes troubles de l’accommodation et du fait que j’écrivis avec une police 36 et que je naviguais avec un zoom de 200 %. La page choisie pour le montrer ça est une page de résultats Google. Je ne sais pas si c’était la journée mondiale pour les malvoyants mais notez que « Google » est écrit en braille…



Source : fiche du médicament Solian®



Bande-son : Saez – La prière
Humeur du moment : Crevé (les mêmes yeux explosés)

01 janvier 2006

2006, l’année des bonnes résolutions ?

Le jour de l’an… Le jour où on fait le compte de tout ce que l’année à peine achevée nous a apporté, le jour des regrets de tout ce qu’on aurait voulu faire, le jour où on essaye de se convaincre que le fait de changer de nombre sur le calendrier réglera tous les problèmes qui subsistent, le jour où on aimerait faire peau neuve, le jour où l’on souhaite faire table rase de tout ce qui l’année précédente a pu apporter de mauvais, le jour des bonnes résolutions…

Étant plus petit (vers 10 ou 11 ans, dirons-nous), j’avais dressé une liste de bonnes résolution pour la nouvelle année. Ce fut la seule fois que je le fis. Car les objectifs que je me fixais étaient inaccessibles. Mon credo est « le refus de la médiocrité ». Ça a pour conséquence placer des objectifs beaucoup trop hauts.

J’en ai parlé à un de mes contacts de rezo.g, Jean-François. Avec lui, je suis arrivé à une conclusion : me fixer des objectifs “trop” hauts serait un moyen (conscient ou non) pour justifier le fait de ne pas les avoir atteints.

Seulement, pour justifier aux yeux de qui ? Les miens ou ceux de mon entourage ? Un peu des deux, je pense.

Aussi cette année, je vais prendre une bonne résolution : me fixer des objectifs accessibles. Ainsi, j’aurais moins d’excuse de ne pas les atteindre.



Bande-son : U2 – New year’s day (chanson de circonstance)
Humeur du moment : Pas d’humeur particulière

28 décembre 2005

La mélancolie des fêtes de fin d’année

Père Noël 1

« Noël n’est pas un jour ni une saison, c’est un état d’esprit. » dixit Calvin Coolidge, 30ᵉ président des États-Unis, de 1923 à 1929 (pour celles et ceux qui désirent en savoir plus sur le personnage, je les engage à jeter un coup d’œil à l’article de Wikipédia). Je pense que c’est exactement ça : Noël est essentiellement un état d’esprit. Par contre, il n’y a pas un unique état d’esprit. La vision de Noël est différente d’une personne à une autre, en fonction de son éducation, son vécu, etc.


Il y a à peine quelques mois, je revoyais Gremlins, un film que j’avais vu étant plus jeune (je me rappelle que j’étais à l’école primaire). À cette deuxième vision — bien des années plus tard, donc —, je fus frappé par l’extrême noirceur du film qui se déroule pendant les fêtes de fin d’année. Kate Beringer (jouée par Phoebe Cates) explique comment pour elle Noël est une fête qui a viré au cauchemar : son père avait disparu juste avant le réveillon pour ne plus revenir. Seulement, il n’avait pas abandonné sa famille, comme la mère et la fille crurent comprendre. Il a voulu jouer au père Noël et donc arriver par la cheminée. Il y est resté coincé et y est mort. Le scénario est signé Chris Columbus — réalisateur de nanars “familiaux” et bien-pensants du style Maman, j’ai raté l’avion (1990), Mrs. Doubfire (1993), Ma meilleure ennemie (1999) ou encore les deux premiers Harry Potter (2001 et 2002) —, ce qui m’a également surpris.

Gremlins n’est pas le seul film à présenter Noël sous un mauvais jour. L’un des films les plus cultes du cinéma français, Le père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré (1982), s’est chargé aussi de démystifier la fête de Noël.


Père Noël 2

Ma vision de Noël se rapproche de celle dégagée par ces deux films, complètement différents. Pourtant, mon père n’est pas mort, coincé dans la cheminée, ou je ne suis pas fait menacer par un Félix furax. Non, mais depuis plusieurs années, Noël et le réveillon de la St-Sylvestre me rendent très mélancolique. Je pense avoir trouvé la raison à cela. Il faut pour cela remonter au réveillon de Noël de 1993. Dans la façon qu’a ma famille de fêter Noël et le nouvel an, il y eut un avant et un après 1993. Le schisme entre la famille de mon père et la famille de ma mère date également de ce Noël 1993. Avant, la façon de fêter Noël et le nouvel an se déroulait de la même manière : mes parents accueillait la famille de mon père (ma grand’-mère mais aussi ma tante, son mari et la fille de son mari) pour le réveillon de Noël. Le jour de l’an se partageait entre les deux familles : déjeuner chez ma grand’-mère paternelle puis visite chez mes grands-parents maternels où on retrouvais ma tante, sœur de ma mère, son mari et mes deux cousins.

Or, ce Noël 1993, ma mère décréta qu’elle n’avais pas envie de recevoir sa belle-famille pour le réveillon. Je n’ai appris que plus tard les raisons qui l’ont poussé à faire ça (j’avais 12 ans à l’époque). En fait, elle prenait sur elle la moindre remarque (non pas formulée dans la volonté de nuire) de la part de ma grand’-mère ou de feu-ma tante. Aussi, elle profita du fait que mon père était parti faire des courses de dernière minute pour nous proposer une alternative au repas familial. Elle avait des arguments “de taille” : aller voir le film Beethoven 2 — un nanar américain qui met en scène un saint-bernard — et d’aller manger au McDo. Le projet a séduit mes sœurs et moi (nous avions respectivement 8, 10 et 12 ans). En effet, on avait vu Beethoven, premier du nom, l’année dernière au cinéma et il nous avait beaucoup plu (pour ma défense, je dirais que j’avais 11 ans à l’époque et que j’avais pas la télé…). Et puis, à cet âge, quel bonheur quand on vous propose le McDo !

Je me rappelle très bien, quand nous sommes revenu à la maison, ma tante m’avait dit que mon père était très triste d’avoir été abandonné de la sorte et m’avait demandé pourquoi j’avais suivi ma mère, et par cela fuir sa compagnie, ainsi que celle de ma grand’-mère, de mon oncle par alliance et de sa fille — qui nous apportaient en plus des cadeaux. J’étais à l’époque incapable de réponde. Ce ne fut que, plus tard, quand j’eus le recul nécessaire que je me suis rendu compte d’une chose terrifiante : ma mère nous avait utilisés, mes sœurs et moi, contre sa belle-famille. J’ai trouvé (et je trouve toujours) ça infect de sa part.

À partir de ce moment, le schisme se fit dans ma famille. Dorénavant, je n’ai plus jamais vu ma mère et ma grand’-mère paternelle ou ma tante dans la même pièce. Ma grand’-mère et ma tante ont préféré s’effacer. Ce ne fut que lorsque j’eus 15-16 ans que je renouais contact avec ma tante (de ma propre initiative), et par ce biais, avec ma grand’-mère. Seulement, j’avais perdu quelque chose dans le processus : outre les quatre ans où je n’ai quasiment jamais vu ma tante ou ma grand’-mère, Noël s’est associé à cette “utilisation” de ma mère. Les réveillons se firent dès lors avec ma proche famille (c’est-à-dire mes parents et mes sœurs) avec, une fois ou deux, des invités surprise (des amis de la famille essentiellement). Je trouve l’ambiance pendant ces dîners de réveillon plombée et artificielle : chacun essaye de faire comme si tout allait bien dans la famille, alors que c’est loin d’être le cas.


Père Noël 3

Maintenant que mes sœurs, mes cousins et moi sommes assez grands pour fêter le nouvel an chez nos amis respectifs. Mes sœurs ou mes cousins ne s’en privent pas. Seulement moi, je me retrouve dans une situation délicate : mes amis de prépa qui sont en province préfèrent fêter le nouvel an dans leur famille et mes amis de l’école (qui viennent des quatre coins de la France) le fêtent du côté de chez eux. L’année dernière, je l’ai fêté par un repas qui a eut lieu chez ma grand’-mère maternelle. À l’époque, j’étais avec Fabrice, mais lui aussi était allé le fêter dans sa famille, en Normandie. Du coup, j’ai fait un repas avec ma grand’-mère maternelle, ma tante, son maris et mes parents. J’étais le seul de ma génération à y participer. Et comme ma grand’-mère ne pouvait pas veiller tard, je fus de retour chez moi à 11 h 30 du soir, à peine. Ce fut un grand moment de solitude…

Pour cette année, je ne sais pas encore. Il y a bien Frédéric (le thésard du labo dans lequel j’ai fait mon stage cet été) qui m’a proposé une soirée. Je ne sais pas encore si je vais répondre par l’affirmative — c’est une soirée déguisée (avec pour thème la flibuste) où je connaîtrais personne mis-à-part Frédéric, qui se déroule dans le XVe arrondissement. Le fait que je connaisse personne me stresse, je n’aime pas me déguiser et le XVe, c’est un peu loin pour moi (même si le réseau RATP reste opérationnel toute la nuit). Mais la seule alternative est pour moi de reproduire le schéma de l’année dernière : repas chez ma grand’-mère, puis moment de solitude devant l’écran de mon ordi…


Voilà donc mon état d’esprit, lors des fêtes de Noël. Seulement, cette année, un nouvel élément est à prendre en compte : ma dépression (ou plutôt mon « état anxio-dépressif majeur », comme le marque mon psychiatre sur les feuilles d’arrêt-maladie). Vivement que ces fêtes soient passées…



Note : Les pères Noël qui peuplent le message sont issus de la carte électronique que m’a envoyée Christophe “la Crevette” (oui, je connais autant de Christophe que je ne connais d’Olivier…). Christophe, ta carte m’a fait très plaisir et c’est pourquoi je tenais à la mettre sur mon blog. Comme Blogger ne gère pas les images GIF, j’ai éparpillé les trois images…



Bande-son : James Blunt – Out of my mind
Humeur du moment : Mélancolique

21 décembre 2005

Le décalage entre l’intention et l’interprétation

Ce message suit directement le message précédent (« La carotte et le bâton ») et a été plus ou moins écrit en même temps. Dans ce message, je tiens à souligner le décalage très souvent observé entre l’intention et l’interprétation (et les résultats qui en découlent), tout particulièrement dans les relations sociales. C’est d’ailleurs sur quoi concluait le-dit message.

J’avais déjà donné des exemples empruntés à mes propres expériences dans des messages antérieurs : le mail de Clément qui me “reprochait” de me la couler douce tout en continuant de percevoir mon salaire (le second paragraphe de la première partie du message « Mon héritage, et apprendre à faire avec » du 10 novembre) ou le fait que le psychiatre que je vais voir me parle de paranoïa par périphrases (dans le message « “On se sauve de tout par l’orgueil” » du 1er décembre). Un autre exemple est lié aux rapports que j’ai avec la plus grande de mes sœurs, Agnès. Agnès est d’une nature généreuse mais exacerbée. Quand je lui ai annoncé que j’étais homo par exemple, elle m’a lancé une phrase tellement en décalage avec ce que j’attendais que je l’ai mal pris : « Mais Clément, je le sais depuis longtemps ! » Super Agnès ! Moi qui faisais tout pour le cacher, ça faisait toujours plaisir à entendre…

À la suite de ça, on a eu une longue discussion dans laquelle je lui reprochais cette spontanéité qui peut blesser. Elle m’a dit que j’étais dur, que de demander à autrui ce dont on a envie d’entendre tient de l’impossible. En fait, ce n’est pas que je souhaite entendre de la bouche de l’autre les mots que j’ai envie d’entendre (enfin si, un petit peu, je l’avoue) ; c’est surtout de prendre garde à ce qu’on peut dire. Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir que quelques paroles alignées dans une bonne intention peuvent avoir sur une personne. Dans la bouche d’Agnès, de même que le mail de Clément, c’était pour montrer l’intérêt qu’on me portait. Seulement, je ne l’ai pas entendu de cette oreille et dans les deux cas, au lieu de me remonter, cela m’a heurté. Car Agnès comme Clément n’ont pas conçu les dégâts qu’ont pu avoir leur intention sur moi. Je ne demande pas à autrui de dire ce que j’ai envie d’entendre, je veux juste que, pour reprendre l’image de mon précédent message, la méthode utilisée soit la carotte et non le bâton. Je veux juste que les personnes évaluent un minimum l’impact que peuvent avoir sur les gens leurs propres mots.


Car au final, ce n’est pas l’intention qui compte mais bien les résultats sur la personne. C’est bien beau d’avoir l’intention, seulement si ça a pour conséquence un mal ou une gêne, est-ce vraiment utile ?

Après, je ne dis pas que c’est uniquement de la faute de l’autre. Je dois moi aussi, d’une part réévaluer les paroles qu’on me dit, les replacer dans le contexte, prendre en compte la personnalité de mon interlocuteur, etc. ; d’autre part évaluer l’impact de mes propres paroles sur mon interlocuteur. En effet, je ne peux pas reprocher à autrui de ne pas évaluer les dégâts que peuvent causer quelques paroles dites dans un élan de bonne intention si je ne fais pas moi-même cette démarche. Pareil, j’y travaille. Et c’est dur. Entre les lèvres et l’oreille, entre l’intention et l’interprétation, entre la bonne volonté et les résultats, il y a un décalage. C’est ce qui fait que les relations avec autrui sont si compliquées. C’est également ce qui fait leur richesse.



Bande-son : Dead Can Dance – version live de Bylar
Humeur du moment : Crevé (les mêmes yeux explosés)

19 décembre 2005

La carotte et le bâton

Non, il ne s’agit pas d’une fable perdue de la Fontaine qu’on aurait retrouvée. Ce message fait partie du lot de messages qui pourrait faire changer le titre actuel du blog — « il faudrait que j’arrête de me prendre la tête » — par « Clément : mode d’emploi »…

ÂneSelon moi, il y a deux manières de motiver quelqu’un : le bâton d’une part, la carotte d’autre part. L’image est empruntée à la manière qu’avaient les meuniers et autres artisans utilisant l’âne comme moyen de transport pour le faire avancer. La première méthode consistait à placer une carotte attachée à une ficelle, elle-même raccordée à une baguette, que le meneur plaçait devant les naseaux de l’animal. Celui-ci en voyant la carotte se mettait à avancer pour saisir ledit légume qui donc lui échappait à chaque pas. Si la carotte ne suffisait plus (il ne faut pas prendre tous les ânes et autres mules pour plus bêtes qu’ils ne sont), le cavalier asinien avait recours à une méthode beaucoup plus radicale : le bâton. Sous les coups, l’animal se mettait à avancer.

Une personne qui cherche à motiver une autre a recours à l’une de ces deux pratiques — et quelques fois aux deux ! Je prends l’exemple de l’élève en prépa. Il y a deux manières de motiver un taupin : lui faire miroiter le prestige et le laxisme des Grandes Écoles qu’il peut intégrer ou alors le sermonner à chaque colle et lui mettre des sales notes accompagnées d’un sermon pas piqué des vers. Chez moi, la première méthode donne largement plus de résultats.

TOEICPar exemple, prenons le cas du TOEIC que j’ai repassé cet été. On m’aurait dit : « Tu bosses ton anglais deux heures par jour pendant une semaine et t’es sûr de te taper au moins 800 » (le maximum étant 1 000 et le minimum, bien sûr, zéro). Mais on ne m’a rien dit. J’ai bossé mon anglais pendant une semaine. Je me mettais au maximum dans les conditions du test. Mes résultats oscillaient entre 800 et 850 — sachant que l’école me demandait officiellement 750 pour minimum et officieusement “seulement” 605. Ce fameux samedi matin du mois d’août, je passe le test. Deux semaines après, je reçois le résultat : 770. C’est bon : j’ai dépassé la limite “officielle”, fixée par la Commission du titre d’ingénieur. Seulement, j’ai une différence nivelée par la bas d’une cinquantaine de points par rapport à mes entraînements. Pourtant le test passé n’était pas plus dur que ceux sur lesquels je me suis entraîné. Mais le stress, l’ambiance générale, le fait de savoir qu’en gros, je n’avais pas droit à l’erreur ont fait que je n’ai pas eu les 825 points, niveau qui me caractérise plus que les 770 points obtenus.


L’intégration à une Grande École se fait sur deux ans : la Sup et la Spé. En Sup, le rôle des profs est de “tamiser” afin de ne conserver que les meilleurs éléments, les plus susceptibles d’obtenir quelque chose à l’issue de la seconde année. Ils employaient donc la méthode du bâton. Autant dire que je n’ai jamais aussi mal vécu une année scolaire que la Sup. J’avais des mauvaises notes ; cela me stressait ; donc, pour éviter le stress, je travaillais moins (je suis souvent allé au cinéma durant ma Sup) ; et comme je travaillais moins, j’avais des mauvaises notes. Le cercle vicieux se refermait. Finalement, je suis passé de justesse en Spé, au culot (je n’ai pas passé le seul concours ouvert aux élèves de Sup — celui des Petites Mines * —, ce qui aurait permis à mes profs de me jauger) et aussi en jouant sur le fait que j’avais à ce moment-là des problèmes familiaux (la tentative de suicide de ma mère entre autres). Si j’avais “eu” les Petites Mines, j’aurais assuré sans problème mon passage en Spé. Comme je me savais parfaitement incapable de les “avoir”, j’ai préféré ne pas m’y inscrire.

Une fois en Spé, l’ambiance est toute différente : le but des profs n’est plus de “tamiser” mais de conduire le maximum d’élèves aux Grandes Écoles. Du bâton utilisé en Sup (la menace de ne pas passer en 2de année ou les réprimandes lors des colles), on était passé à la carotte (les profs essayaient de mettre en confiance les élèves, les assistaient, etc.). Autant vous dire que j’ai largement préféré l’ambiance qui régnait en Spé que celle en Sup.

Car la meilleure manière pour me faire réagir n’est pas le bâton (ce qu’on pourrait aussi appeler un « électrochoc »). Le bâton a sur moi l’effet inverse. Olivier-de-Nouvelle-Calédonie l’a testé à mes dépends (et un peu aux siens car il s’en est voulu par la suite). Au vue de l’état dans lequel son « électrochoc » m’a plongé, ma psy m’a bien recommandé de parler de ma dépression uniquement dans le cadre de la thérapie. L’intention d’Olivier était bonne et honorable, mais ne dit-on pas que l’enfer en est pavé, de bonnes intentions ?

Bref, si vous voulez à votre tour essayer de me faire réagir, évitez le bâton. Car que cela soit sur le physique (une crise de tétanie à la suite d’un vomissement volontairement provoqué, sensé me soulager l’estomac, par exemple) ou sur le mental, cela agit de manière exactement opposé : je suis plus mal qu’avant.

Je suis d’accord : je dois de mon côté me carapacer et ne pas prendre pour argent content la moindre chose que l’on me dit. J’y travaille…



Note : Le groupe des écoles des mines est constitué de trois écoles “principales” (situées à Paris, à St-Étienne et à Nancy) et de quatre écoles surnommées « Petites Mines » (situées à Alès, à Albi-Carmaux, à Douai et à Nantes). Pour en savoir plus, je vous renvoie à l’article de Wikipédia sur le groupes des écoles des mines.



Bande-son : Dead Can Dance – The ubiquitous Mr. Lovegrove
Humeur du moment : Fatigué

15 décembre 2005

Le petit chat est mort

Fréyr, le chat de mes parents est décédé cette nuit. Des calculs rénaux… Il avait à peine deux ans et demi. Il n’est pas tombé du toit mais c’est tout comme.



Va donc pas pleurer
Y s’baladait peinard
Il avait pas d’collier
Il était libre d’aller
Et d’rev’nir pour bouffer
Il était même pas prisonnier
De ton amour insensé

T’aurais quand même pas
Voulu qu’y vive comme un con
Sur le canapé
Loin des gouttières des pigeons
C’était un aventurier
T’aurais pas voulu qu’on l’attache
Y t’aurais miaulé : « Mort aux vaches ! »

Le petit chat est mort
Il est tombé du toit
C’est comme ça
Il a glissé sur j’sais pas quoi
Et patatra
On l’enterr’ra demain j’te jure
Dans un joli carton à chaussures

Le petit chat est mort
Et toi et moi, on va couci-couça
À cause de quoi ? À cause que c’est
Chaque fois comme ça
Pourquoi c’est toujours les p’tits chats
Et jamais les hommes qui tombent des toits ?


C’était un vrai sac à puces
Encore plus libre qu’un chien
Pas l’genre pour un su-sucre
À te lécher la main
Mais la liberté, tu vois
C’est pas sans danger, c’est pour ça
Qu’elle court pas les rues ni les toîts

C’était un vrai Titi
La terreur des p’tis oiseaux
La nuit y s’faisait gris
Pour les croquer tout chauds
C’est un peu salaud
Mais t’as jamais mangé d’moineau
C’est pas plus dégueu qu’un MacDo

Le petit chat est mort
Il est tombé du toit
C’est comme ça
Il a glissé sur j’sais pas quoi
Et patatra
On ira d’main dans un jardin
L’enterrer au pied d’un arbre en bois

Le petit chat est mort
Et toi et moi, on va couci-couça
À cause de quoi ? À cause qu’on s’demande bien pourquoi
T’as jamais un pape sur les toits
Être trop près du ciel, p’t’être qu’y z’aiment pas


Renaud Séchan (1994)



Bande-son : Renaud – Le petit chat est mort
Humeur du moment : Triste

09 décembre 2005

Putain de Freebox© de merde !

Ceci est un message destiné à évacuer la pression. Ça fait presque une semaine que ma Freebox se désynchronise régulièrement. Comme ça me courait sur le système (en gros, deux fois par jour, je me trouvais déconnecté), j’ai décidé vendredi dernier d’appeler Free.

Le technicien m’a parlé de « convecteur », sorte de petit rectangle de plastique qui se logeait dans les prises téléphoniques murales. Ce convecteur empêcherait le bon fonctionnement de l’ADSL. Je suis connecté sur le Net depuis mai 2004, soit un an et sept mois et ce ne serait que maintenant que ça se manifesterait… Soit.

Armé d’un tournevis, j’ouvre le boîtier de la prise téléphonique murale. Point de convecteur. Le technicien que j’avais fait venir il y a deux ans auparavant lorsque j’avais eu des problèmes avec ma ligne avait dû déjà le retirer.

Donc, je rappelle Free lundi, étant donné que la Freebox continuait à n’en faire qu’à sa tête. À 34 centimes d’euro la minute, ils ne se font pas chier… D’après le technicien que j’ai eu au bout du fil cette fois-ci, cette désynchronisation pourrait provenir du central téléphonique dont je dépends. Ça peut se produire lorsqu’il y a conflit entre plusieurs fournisseurs qui se partagent un même central.

Heureux le temps où il n’y avait que France Télécom. Au moins, des problèmes de conflit de ce type n’auraient pas existé ! Enfin bref, un technicien devrait se déplacer d’ici la fin de la semaine dans le central dont je dépends. Vivement qu’il règle de ce problème une bonne fois pour toute.

Quoiqu’il en soit, ce message a aussi pour but de dire aux personnes qui étaient en conversation avec moi (via MSN essentiellement) et qui m’ont vu me déconnecter sans rien dire que je suis désolé mais ce n’est pas de ma faute. Je ne suis pas du genre à me déconnecter comme ça, sans le dire…



Bande-son : Craig Armstrong – BO de Guns 1748
Humeur du moment : Énervé

07 décembre 2005

Coïncidences ?

Entendu dans Belphégor, ou le fantôme du Louvre :


Île« On croit que ce sont des coïncidences. […] Ça n’en est pas, voilà tout.
« — Que voulez-vous dire ?
« — Tout se tient.
« — Comment ?
« — Vous vous promenez en mer ; vous voyez une île. Vous dites : “C’est une île !” Hé bien non, je regrette, ça n’est pas une île. Enlevez l’eau et vous verrez que votre île est reliée à la terre ferme.
« — Et pour vous, les coïncidences sont des îles ?
« — Bah exactement ! Enlevez l’eau, vous verrez. »



Extrait de la 1re époque, Le Louvre, écrite par Jacques Armand (1965)



Bande-son : Guns n’ Roses – Knockin’ on heaven’s door
Humeur du moment : Zen